point de suture dissèque l'humanité...
il me semble que cet album, moins "intime" que le précédent, a une portée générale et qu'il se demande: qu'est-ce que l'être humain?
cette transition apparaît dans les premières images du clip "dégénération", où Mylène apparaît dans un bloc opératoire, prête à être "disséquée" et examinée sous toutes les coutures.
quelles énergies font avancer l'être humain? sans doute le désir, symbolisé par cette onde bleue qu'elle diffuse et qui fait se rapprocher les corps qui l'entourent, en quelque sorte envoutés et qui perdent la maîtrise d'eux mêmes. l'idée que le désir est le moteur de la vie se retrouve dans appelle mon numéro.
il me semble que l'idée développée dans cet album est que l'homme n'a pas la maîtrise de lui même malgré les apparences, qu'il n'est qu'un assemblage d'organes (cf la pochette de l'album et la poupée démembrée... point d'être humain sur cette pochette) qui a l'impression de maîtriser sa vie mais qui n'est que la marrionnette de forces extérieures.
ce qui fait tenir le tout, ce sont les "points de suture", l'espoir qui recoud les blessures.
mû par le désir, l'humain cherche à fuir l'ennui, donnée fondamentale de notre existence.
"je m'ennuie" me semble avoir cette signification: la chanson finit par s'emballer jusqu'à l'excès (cf fin du pont musical) comme la vie de certains s'accélère au point qu'ils n'ont plus 5 minutes à consacrer à autre chose que ce qui les absorbe... alors que tout dissimule l'ennui. c'est la magie de l'être humain: aurais-je assez de temps dans ma vie pour atteindre tel but? peu
importe, puisqu'on ne fait que combler qu'on le veuille ou non!
"réveiller le monde" me semble aller dans le même sens: "rêver d'un autre "été", "être" doit répondre". il faut croire en son destin, chercher à saisir l'instant présent... là est l'humanité, dans l'espoir en quelques sortes,
l'espoir qui donne des frissons, même si tout est illusion.
car le bonheur atteint, l'on sait que la pente descendante est inéluctable... mais quand cessera le "paradis inanimé"? la plénitude cache mal son caractère artificiel: "l'espoir, le rien et l'ennui"... où la frontière entre la vie
et la mort devient imperceptible pour celui qui, ayant atteint une forme de plénitude, n'a plus vraiment de destin sinon en profiter jusqu'à la fin de sa vie: "long sommeil, lovée". (cf la fin de la chanson et la "chute" finale et les couplets à double sens: mon lit-stèle, dans mon lit,là, de granit, l'aube peine à me glisser: se lever, à l'aube, pour se glisser dans ses draps: le début de la journée ramène inéluctablement à sa fin... et pourtant c'est le bonheur).
le caractère illusoire de l'existence me paraît aussi présent dans dégénération: "où est ma génération?": l'être humain traverse des générations sans pouvoir lutter contre la vieillissement, la "dégénérescence"... cette transformation perpétuelle de soi-même
crée un traumatisme et le désir de l'autre regénère tant que l'on se sent attirant.
"c'est dans l'air" me paraît être la chanson qui développe le plus ce thème de l'humanité notamment au regard du clip. l'humanité est vile en quelque sorte, mais cette diversité de l'espèce est incontournable, il faut l'accepter et envoyer tout en l'air pour avoir mieux les pieds sur... terre. car "c'est dans l'air" c'est aussi "c'est dans la tête" ou "c'est sur terre"! certes Mylène ne le dit pas mais le clip est plus éloquent encore notamment lorsque toutes sortes de "particules" tournent autour de sa tête dans le refrain: la tête est identifiée à la terre, elle-même située dans l'univers, fait de satellites et météorites... relativisons! comme s'il s'agissait de dire que la terre est dans la tête: rien n'existe objectivement en quelque sorte, les faits de l'histoire (le clip semble se référer aux dictatures et génocides) ne sont qu'un vécu collectif et chaque être humain est voué à disparaître... c'est un peu un pied de nez à l'histoire et en ce sens un titre assez polémique finalement.
L'image de fond du clip me semble aussi évoquer un tissu de cellules comme pour dire: nous ne sommes rien de plus que ça! ce sont des évidences mais dont le rappel finit par rendre humble et tolérant.
cette "destructuration" de l'être humain est aussi incarnée par les squelettes de cette danse macabre + images des concerts où ils contrastent avec la chair qui incarne sans doute le désir de l'autre (lors de l'interprétation de point de suture)
pour le titre éponyme en effet il est question de l'être humain proie de son âme qui "divague" face à la perte de l'autre: c'est là aussi la faiblesse de l'être humain et je crois que c'est la première fois que cette idée
est développée au regard des précédents albums. la perte de l'autre laisse désemparé et fait perdre l'humanité: le clip de "si j'avais au moins..." le révèle.
l'être humain finit par céder aux forces de la nature: il s'animalise, devient "sauvage, pommé", au terme d'un processsus "d'enténèbrement" pour finir par faire corps avec la nature (voir la fin du clip).
voilà mon impression un an après la sortie de l'album et les clips. ce thème est peut-être celui qui structure l'album dont la cohérence était difficile à trouver lors de sa sortie.
finalement l'album ne me semble pas être pessimiste mais réaliste: cette réalité humaine est la seule qui existe et il n'y a pas d'ailleurs... alors dansons, comme dans le clip de c'est dans l'air!